Méthodes et stratégies Pédagogie

Enseignement direct : définition, avantages et méthodes

enseignement direct

L’enseignement direct occupe une place importante parmi les modèles qui produisent des effets significatifs sur l’apprentissage des élèves. Les modalités d’utilisation de l’enseignement direct sont d’abord présentées en relation avec le modèle théorique et les évaluations scientifiques qui l’appuient. Ses champs d’application ainsi que sa pertinence sont ensuite abordés.

Qu’est-ce que l’enseignement direct ?

L’enseignement direct n’est pas une méthode d’enseignement strictement behavioriste au même titre que l’apprentissage programme, l’enseignement de précision et même le tutorat, qui eux s’en réclament.

Toutefois, il partage avec ces méthodes la mission d’un enseignement fondé sur les preuves et certains principes de base de l’analyse appliquée du comportement. La majorité des méthodes d’enseignement efficaces, y compris l’enseignement direct, sans adhérer aux fondements épistémologiques du behaviorisme, adoptent plusieurs de ses principes d’application.

L’enseignement direct est un enseignement très systématique en ce sens que chaque aspect de la planification, de la prestation et de l’évaluation de l’enseignement est préparé avec minutie. Il s’appuie sur une structuration particulière du contenu et sur un ensemble de procédures spécifiques comme l’enseignement explicite, la pratique guidée et le tutorat auxquels s’ajoute la ≪réponse chorale a l’unisson≫.

Chacune de ces procédures a d’abord été validée et fait partie de ce que l’on a coutume d’appeler les ≪meilleures pratiques≫. L’idée directrice de l’enseignement direct est que les opérations cognitives d’ordre supérieur dépendent de la maitrise des habiletés de base, qui implique l’intégration des concepts, des règles et des stratégies.

Quand y recourir en classe ?

L’analyse du comportement, comme l’enseignement direct, a fait ses preuves dans le domaine de l’éducation des personnes qui présentent des difficultés importantes. Ainsi, il est généralement admis que les méthodes behavioristes sont efficaces auprès des élèves qui ont des difficultés de comportement ou des difficultés d’apprentissage et des enfants autistes. Si les méthodes behavioristes réussissent là ou d’autres échouent, on pourrait penser qu’elles sont susceptibles d’être utiles de façon générale. Pourtant, on a tendance à les reléguer à l’intervention auprès de clientèles particulières.

Vu leur efficacité il ne faudrait pas les restreindre à certaines clientèles en particulier.

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Depuis la parution du prototype DISTAR-Arithmetic (Engelmann et Camine, 1975), les programmes d’enseignement direct ont évolué grâce aux évaluations que l’on a faites de leur mise en œuvre et de leur impact sur les habiletés de base en lecture, en écriture et en calcul, ainsi que sur certaines habiletés plus avancées en algèbre et en résolution de problèmes.

La majorité des études sur l’enseignement direct portent sur l’ordre primaire, bien que des programmes d’enseignement direct soient aussi conçus pour l’ordre secondaire. L’application de la réponse chorale a l’unisson (tous les élèves de la classe doivent répondre ensemble au signal donné par l’enseignant), caractéristique de cette méthode, convient probablement mieux à des groupes de jeunes enfants qu’a des groupes d’adolescents.

Dans les faits, par contre, l’enseignement direct s’applique de la maternelle au secondaire. Il s’emploie aussi au niveau collégial et à l’université, dans le cadre de cours ou de programmes dits théoriques ; dans ce cas, la réponse chorale à l’unisson est remplacée par un système électronique de réponse ou de vote.

Les avantages de l’enseignement direct

Le but fondamental de l’enseignement direct est d’enseigner de façon à ce que tous les élèves maitrisent les contenus des programmes dans un minimum de temps et qu’ils soient capables d’appliquer leurs savoirs dans le plus grand nombre de contextes possible (Watkins et Slocum, 2004).

On fait donc appel à l’enseignement direct pour rendre effectif le contrat social qui veut que l’enseignement-apprentissage produise des résultats observables, mesurables et durables. C’est en effet le sens que donnent les behavioristes à l’expression ≪ enseignement efficace≫.

Faire acquérir des connaissances

Selon Fomess, Kavala, Blum et Lloyd (1997), qui ont mené une étude évaluative de différents programmes d’intervention conçus pour les élèves qui reçoivent des services éducatifs complémentaires, l’enseignement direct fait partie des programmes les plus efficaces pour faire acquérir des connaissances et des habiletés aux élèves. Les résultats de cette recherche donnent appui aux évaluations du célèbre et imposant projet étasunien Follow Through, lancé en 1967. Le projet Follow Through, une étude longitudinale multisite, a comparé le développement scolaire de vastes échantillons d’élèves avec celui de groupes témoins en fonction des méthodes d’enseignement utilisées, méthodes issues de divers courants théoriques.

l’enseignement direct

Le développement cognitif et conceptuel d’élève

Les résultats du projet Follow Through ont suscité la controverse parmi les chercheurs et ils vont encore à l’encontre de l’opinion reçut, si l’on se fie à la reforme Québécoise qui les a ignorés (Forget, 2012). Ces résultats indiquent que la méthode de l’enseignement direct est nettement plus efficace que d’autres méthodes, particulièrement en ce qui concerne le développement cognitif et conceptuel d’élèves du primaire de milieux défavorisés.

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Plus récemment, une étude observationnelle menée auprès d’une centaine d’enseignants de mathématique d’Angleterre montre que l’enseignement a la classe entière, à l’aide de techniques de l’enseignement direct, donne lieu à l’acquisition d’un plus grand nombre de connaissances en mathématique qu’un enseignement individualise.

Dans une vaste méta-analyse portant sur l’impact de plusieurs méthodes, Hattie situe l’enseignement direct aux premiers rangs des plus puissantes méthodes d’enseignement.

L’enseignement direct présente toutefois certains défis. Il faut que l’enseignant soit attentif au moindre détail et trouve satisfaction dans une pratique très structurée, systématique et rigoureuse. Centration sur le comportement de l’élève, mesure de sa performance, rencontre d’un degré de succès élevé selon un critère déterminé pour tous les élèves, importance du temps actif d’apprentissage, ce sont les éléments de toute formation à l’enseignement direct. Le but ultime de cette méthode est pédagogique et pragmatique. Elle vise à s’assurer que l’élève apprend au moyen d’un enseignement efficace qui s’inspire de la pédagogie de la maitrise, qui préconise que l’élève doit maitriser un contenu de façon quasi parfaite avant de poursuivre vers le suivant (Bloom, 1984).

L’enseignement direct : méthodes et activités en classe

Lignugaris-Kraft recommande d’utiliser la méthode de l’enseignement direct une fois par jour, dans le cadre d’une leçon d’une discipline choisie.

L’enseignement direct se considère comme un type d’enseignement destiné au groupe-classe, à l’aide d’exemples choisis en fonction d’un échafaudage conceptuel, décrit étape par étape dans le programme des contenus élaboré à cette fin. Autrement dit, il est impératif de suivre les étapes et les scripts qui établissent la gradation dans la complexité des concepts à enseigner.

Un script rassemble les directives que l’enseignant devra verbaliser au groupe-classe. Ainsi, pour une leçon de 60 minutes, on consacrera environ les deux tiers du temps au groupe-classe, l’autre tiers étant réservé pour guider les élèves individuellement dans leurs exercices.

Les phases d’une leçon

Les phases d’une leçon respectent le cycle d’un enseignement efficace. Pour que l’enseignement de la leçon soit efficace, on insistera sur les étapes suivantes :

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  • Une initiation aux contenus, qui fournit aux élèves de nombreuses occasions de donner des réponses actives et permet de réduire le nombre d’erreurs qu’ils feront (par exemple, l’enseignant verbalisera le son correspondant à ≪ ma, ma, ma ≫ et signalera au groupe le moment propice pour dire ensemble ≪ ma, ma, ma ≫ plusieurs fois, afin de bien déceler si chacun reproduit fidèlement le phonème) ;
  • La présentation de nombreux exemples ou de cas généraux avec une pratique guidée par l’enseignant (un cas général pouvant être le pluriel des noms qui s’accordent avec un ≪s≫, l’enseignant guidant les élèves à l’aide d’exemples de noms aux terminaisons différentes : mouches, pantalons, clous, escaliers, pneus) ;
  • Une pratique indépendante individuelle, sans l’aide de l’enseignant, qui mène à la fluidité et à la maitrise des connaissances (par un exercice d’application du pluriel avec un ≪ se≫ a un grand ensemble d’autres noms aux terminaisons différentes) (Lignugaris-Kraft, 2004).

Dans sa globalité, l’enseignement direct suit des programmes élaborés par les concepteurs de la méthode pour les principales disciplines et l’enseignant n’a pas à reconstruire lui-même l’enseignement.

 Ces programmes présentent les contenus dans leur structuration particulière, l’organisation de l’enseignement-apprentissage et la gestion des interactions en classe. Plusieurs enseignants utilisent la méthode d’enseignement direct grâce à une formation et au coaching entre pairs. Mais, on peut se procurer des programmes déjà construits, comme DISTAR (Direct Instruction System for Teaching Arithmetic and Reading), qu’il faudrait cependant traduire en français.

Conclusion :

L’enseignement direct est une méthode d’enseignement éprouvée, qui a comme objectif principal des résultats significatifs d’apprentissage. Selon certaines recherches scientifiques, l’enseignement direct a des effets bénéfiques sur l’apprentissage. Il permet le développement des compétences scolaires, cognitives et affectives des élèves.

On doit toutefois prendre en compte le fait que l’obtention de résultats aussi probants que ceux qui valident l’utilisation de l’enseignement direct nécessitent une mise en œuvre en classe qui respecte intégralement les principes de cette intervention éducative.

En plus, la majorité des études qui ont évalué l’efficacité de l’enseignement direct portent sur le primaire et les élèves qui éprouvent des difficultés. Pour aider les enseignants à faire un choix éclairé de leurs méthodes d’enseignement, il serait nécessaire d’obtenir davantage de résultats de l’efficacité de l’enseignement direct auprès de clientèles régulières et de clientèles d’élèves plus âgés.

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