Apprentissage

4 étapes de l’apprentissage de la lecture

phases de l’apprentissage de la lecture

La démarche présentée est syllabique, Elle permet aux élèves un meilleur accès au sens tout en construisant l’orthographe lexicale et grammaticale.

Le type de séquence présenté est identique tout au long de l’année avec une progression quant au volume de texte à lire. Il est important de rappeler que le principe de déchiffrabilité, capacité des élèves à lire tous les mots sans qu’ils soient confrontés à des graphèmes inconnus, est essentiel dans la démarche proposée et représente la condition du succès.

Ce principe aide fortement les élèves les plus fragiles à l’entrée au CP et montre des réussites importantes que formulent les professeurs qui enseignent la démarche syllabique.

Nous proposons ici une leçon qui intègre toutes les dimensions utiles à l’apprentissage :

  • l’apprentissage des correspondances entre lettres et groupes de lettres (graphèmes) et les sons (phonèmes).
  • Le vocabulaire.
  • Lire des mots, de courtes phrases et de simples textes.
  • La copie et la dictée pour aider à la lecture et favoriser la mémorisation de l’orthographe lexicale et grammaticale.
  • La compréhension.
  • L’entraînement des élèves pour automatiser.

L’avantage d’un apprentissage de la lecture qui intègre toutes les dimensions au sein d’un même outil est de permettre une cohérence d’ensemble, et une bonne gestion de temps. En effet, ce fonctionnement allège à la fois le travail des élèves et celui des professeurs. Cela aussi respecte le rythme d’apprentissage de chaque apprenant.

Le travail doit être régulier et fréquent. Il intègre l’étude du principe alphabétique qui veut qu’à une lettre isolée ou à un groupe de lettres (graphèmes) corresponde un son (phonème), la lecture à voix haute et l’écriture.

Les dix heures prévues par le programme pour enseigner le français sont à verser intégralement à l’apprentissage de la lecture dans toutes les dimensions exposées ici.

L’apprentissage des correspondances graphèmes-phonèmes suit une progression qui doit être fixée dès le début de l’année, afin que, dans chaque leçon, on ne trouve que des mots entièrement déchiffrables, ce qui exclut forcément les graphèmes non encore étudiés à chaque moment de cette progression.

Nous avons choisi le graphème se prononcer/z/qui, sans être très tardif dans l’année, ne se situe pas non plus dans les toutes premières leçons. Nous nous proposons de montrer comment les principes fondamentaux de la démarche syllabique peuvent être pris en charge concrètement lors d’une leçon particulière qui peut servir de modèle à toutes les autres dans les différentes phases de l’étude.

Première étape : les syllabes

Exemple :

usa iso isi osi ési ousi asa

lisi asi usi osé isa osa sise

éso isé usé dési ése

LE DÉCODAGE

Les élèves vont apprendre ce qu’ils ne savent pas encore, la prononciation des syllabes, l’objectif étant la précision du décodage. Ils savent déjà comment se prononce le s de « sol » ou de « bosse ». Dans cette leçon, il leur faut apprendre comment se prononce le s de « musée » selon la règle qui veut qu’entre deux voyelles un seul s se prononce/z/. Les syllabes peuvent être reproduites au tableau ou sur le TBI ; il est important qu’elles se détachent bien du reste pour éviter toute distraction visuelle.

Au début, les apprenantscommencent à prononcer les syllabes prononcées collectivement. Puis, ils lisent individuellement. L’enseignant peut faire le « jeu du furet » ce jeu pousse les élèves à lire un à un et permet de capter leur attention et de corriger immédiatement les fautes commises. On pourra ensuite demander à plusieurs élèves de lire toute une ligne, en prêtant une attention particulière à ceux qui ont le plus de difficultés. Ce premier aspect de la lecture à voix haute est indispensable et doit être soigné.

Dans un premier temps, les apprenants peuvent inverser « ma » à la place de « am ». Un bon moyen pour aider les élèves à ne plus se tromper consiste à leur demander quelle lettre vient en premier.

Deuxième étape : les mots

Exemple :

une visite il ose assise le musée l’Asie désolé lisible

plusieurs une usine une buse il pose Susie le vase la poésie admise Lisa rusée une bise pesée épuisée isolée il organise

une rose arrosée le sosie Élise il s’amuse médusée Venise

désolé désagréable rassasié la Tunisie Louise

LA LECTURE DES MOTS

À ce stade, les élèves sont capables de lire tous les mots de la leçon, compte tenu de tout ce qu’ils ont appris dans les leçons précédentes et des nouveautés syllabiques dues à l’introduction du nouveau graphème. Mais, bien sûr, il va falloir s’entraîner sérieusement pour dépasser toutes les hésitations et erreurs qui ne manqueront pas d’apparaître.

La lecture à voix haute par tous les élèves, parmi lesquels on n’hésitera pas à solliciter les plus fragiles, s’impose avec beaucoup d’attention. En effet, nous atteignons là le premier moment où l’union du signifié et du signifiant produit ses premiers effets décisifs que les élèves éprouvent en découvrant ce que lire veut dire concrètement : comprendre ce qu’ils lisent de la même façon qu’ils comprennent ce qu’ils entendent. Déchiffrer sans erreur et rapidement « s’amuse », « assise » ou « le vase », leur donne immédiatement la signification du mot : il est essentiel de leur proposer des mots comme ceux-ci qu’ils sont censés connaître à leur âge. Mais un peu plus tard dans la leçon, le déchiffrage de « rassasié » risque bien de leur permettre de réaliser leur méconnaissance, ce qui sera l’occasion d’enrichir leur vocabulaire. Ils apprendront alors qu’être rassasié c’est avoir beaucoup mangé, être repu : ils seront fiers d’accéder à ces savoirs « recherchés ». Pour les expliquer le sens de certains mots, on peut utiliser des images ou internet.

Il ne serait pas judicieux d’aller au-devant des méconnaissances lexicales des élèves, en leur proposant avant leur propre lecture, des définitions de mots qu’ils sont peu susceptibles de connaître. Rien n’empêche, bien au contraire, de se préparer aux questions qui peuvent apparaître, en ayant réfléchi aux définitions à fournir, mais en sachant attendre la découverte par les élèves de leurs méconnaissances, à partir de leurs déchiffrages.

Il est essentiel de mettre des mots qui attirent l’ambition des élèves pour développer leur vocabulaire. Dans cette démarche, les élèves sont mis en confiance dans leur capacité à déchiffrer, et la bienveillance constante du professeur vis-à-vis de leurs méconnaissances, qui dans certains cas peuvent même être assez importantes, les aide aussi à développer leur curiosité, sans crainte. On peut proposer aux élèves de lire chacun un mot à tour de rôle suivant la pratique du « furet ». La lecture d’un mot par un élève, si elle est validée par le professeur, permet aux autres élèves d’entendre le mot que l’on a sous les yeux, ce qui participe de la régulation des erreurs et de l’automatisation du déchiffrage.

Pour les lettres muettes, les élèves vont les prononcer dans une première lecture. La solution est la lecture à voix haute qui corrigera ces erreurs.

L’ACCÈS AU SENS DES MOTS PAR LES ÉNONCÉS

La signification des mots à lire dans cette phase d’apprentissage renvoie à celle que l’on trouve dans le dictionnaire. Pour bien expliquer la polysémie des mots, il est essentiel de leur demander de construire des phrases pour le comprendre le sens des mots dans différents contextes. Les élèves sauront faire des phrases avec « visite », « arrosé », « s’amuse ». Le mot « bise » permettra sans doute aux élèves de penser à « Se faire la bise. ». Mais une phrase comme « La bise est très froide ce matin. » Proposée par le professeur à toutes les chances d’être source d’apprentissages pour les élèves. L’exercice est plus ou moins abordable et fructueux du côté des élèves en fonction des mots ciblés, mais il importe au plus haut point de ne pas renoncer aux mots « résistants », comme peuvent l’être certains textes.

Troisième étape : la lecture des phrases et des textes.

LA LECTURE DES PHRASES ET DU TEXTE

Là aussi, comme pour les mots, les élèves sont en capacité de tout lire par eux-mêmes : grâce à la leçon du jour et à toutes les autres leçons, ils connaissent toutes les syllabes-clés universelles qui composent les mots des phrases. Mais il leur faut continuer à s’exercer en travaillant la ponctuation sans laquelle l’accès au sens est compromis.

La première leçon que les élèves doivent apprendre est la ponctuation, est que la phrase commence par la majuscule et se termine par un point. Très tôt, il leur faut apprendre ce qu’impliquent dans la lecture les virgules et les différents points qui doivent s’entendre quand on lit à haute voix, « comme des comédiens ».

LA COMPRÉHENSION

Avec des textes entendus par les élèves à l’école maternelle, tout un travail déjà copieux et fécond a dû être mis en place sur différents types d’écrits (littérature de jeunesse, documentaires, etc.) avec un vocabulaire riche. La classe de CP n’a pas à rompre avec cette pratique qui entretient le désir de savoir lire et le contact avec tous les aspects de la richesse de l’écrit. Mais elle inaugure un autre rapport à l’écrit, celui de la lecture autonome de l’apprenti lecteur.

Tout d’abord les élèves doivent être conduits à comprendre ce que dit exactement un texte. C’est un préalable à l’interprétation individuelle et à l’imagination quand celle-ci suit l’audition ou la lecture d’un texte.

Au CP, il est essentiel d’inviter les élèves à discuter entre eux de leurs évocations, de leurs interprétations, de ce qu’ils imaginent à partir de leurs lectures. Ils sont ainsi amenés à développer des capacités d’argumentation en cherchant à se fonder sur la littéralité, l’organisation du texte et leurs connaissances, ce qui continue de renforcer leur aisance dans le déchiffrage.

L’oralisation par les élèves des textes qu’ils lisent et écrivent est d’un intérêt parti­culièrement important.

Il est important de proposer des textes « résistants », qui ne livrent pas leur sens aisément, contenant par exemple des inférences, des implicites, sans laisser aux textes lus par le professeur le soin d’être le support principal de ce travail.Les ambitions intellectuelles que l’on se doit d’avoir pour des enfants de cet âge en capacité de se les approprier trouvent, dans ce type de travail, un ancrage solide.

L’aisance dans l’usage de la langue orale facilite l’entrée dans la lecture et l’écriture, mais c’est surtout la confrontation à tout ce qui se joue dans l’écrit, très différent de l’oral, qui permet de développer chez les enfants, l’abondance du vocabulaire et la précision de la syntaxe propre à l’écrit. L’aisance orale de certains élèves doit l’essentiel de son étendue à la fréquentation régulière et soutenue de l’écrit.Cette richesse du rapport entre l’oral et l’écrit peut commencer à être construite chez tous les élèves dès leur première entrée dans l’écrit.

Il existe différentes méthodes pour favoriser la compréhension. Il n’est pas possible de les utiliser toutes pour chaque texte, ce qui amène le professeur à faire les choix qui lui paraissent les plus judi­cieux à chaque fois. Comme pour la question de la méconnaissance de certains mots, on choisira d’attirer l’attention des élèves sur les obstacles que posent certains énoncés et d’engager à leur propos une réflexion précise.

Quatrième phase : la dictée.

Le but de la dictée n’est pas évaluatif. L’objectif de la dictée est d’apprendre à écrire des mots, des phrases, en développant l’observation et l’attention des élèves. On visera l’apprentissage de l’orthographe par la mémorisation de la construction des mots lus ; les échanges collectifs permettront de relever les erreurs avec l’objectif d’apprendre de celles-ci.Les jeunes élèves doivent comprendre que l’erreur fait normalement partie du quotidien de l’apprenti.

Nous proposons l’organisation suivante de la dictée :

  • les élèves lisent silencieusement puis à haute voix le texte de la dictée.
  • Pour chaque phrase, ils comptent le nombre de mots, d’espaces entre les mots, de signes de ponctuation, de syllabes dans les mots (« l’enfant » compte pour deux mots, l’élision remplace « l’enfant »). Compter les unités de l’écrit permet aux élèves de prêter attention à ces unités, qu’il s’agisse des phrases, des mots, des espaces entre les mots, des signes de ponctuation. Cela les aide à percevoir les césures afin qu’ils évitent, comme c’est encore le cas d’élèves de 6e, d’écrire « le primidi », « saraite », ou « nous savonfai ».
  • Ils corrigent eux-mêmes leurs erreurs.
  • Dictée de tout le texte, toujours en prononçant à haute voix pendant l’écriture.
  • Vérification par les élèves de leurs erreurs possibles à partir du texte qu’ils avaient caché et qu’ils retrouvent, correction comme pour la copie. Bien sûr, le professeur se réserve l’ultime vérification pour le cas où la distraction aurait laissé passer quelques erreurs.
  • Nouvelle dictée due/des mots qui ont éventuellement fait encore l’objet d’une erreur.
  • À l’issue de ces différentes étapes, on dictera aux élèves quelques mots des dictées précédentes pour exercer de nouveau la mémoire en révisant. Ce travail semble long et compliqué au premier abord, mais quand les élèves ont été entraînés, il devient moins fastidieux.

Sources:
Maryse Zimmermann, IEN SAVERNE, «Eléments clés d’une leçon de lecture-écriture»
MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE FRANÇAISE, «Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP»

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