Pédagogie

Pédagogie Freinet en maternelle

Pédagogie Freinet en maternelle

La Pédagogie Freinet a été initiée avec des enfants d’âge primaire. Aujourd’hui, elle est mise en œuvre dans des classes maternelles, sur les mêmes principes que dans les classes primaires :

  • L’école est ouverte sur la vie(par le « Quoi de neuf ? », les sorties…).
  • L’importance de l’expression libre et des activités artistiques.
  • Le travail à partir des intérêts des enfants, en menant des projets qui permettent de fonder les apprentissages sur des situations « vraies » et, ainsi, de donner du sens aux savoirs.
  • Le tâtonnement expérimental

Les techniques sont également les mêmes que dans une classe primaire Freinet : « Quoi de neuf ? »Travail en ateliers, journal, correspondance,textes libres, livre de vie, fichiers pour le travail autonome, créations mathématiques…

Les pratiques de classe

Les enfants proposent des projets, qui permettent de fonder des apprentissages sur des situations vraies :

Les projets collectifs

Le projet collectif est une pratique courante dans les maternelles standards. Mais dans les classes Freinet, les projets sont plus nombreux, l’initiative vient davantage des enfants, la réalisation du projet s’appuie plus sur leur expression libre et singulière,et le projet est souvent l’occasion d’ouvertures multiples sur l’extérieur :sorties, invitations d’intervenants dans la classe…

Par exemple, à partir d’un album,ils créent des dialogues sur des thèmes forts pour eux (l’orage, c’est comme…, ce qui me fait peur) et s’exercent à les dire avec intonation devant un micro. Ils fabriquent des marionnettes en papier pour créer les ombres chinoises et apprennent à les manipuler. Avec des instruments de musique, ils imaginent des créations sonores sur le thème du vent, de la pluie, des volets qui claquent. Parallèlement, ils prennent connaissance de tableaux sur le jour et la nuit (Magritte), de vitraux, de lectures sur le thème du Déluge.

La correspondance scolaire

La correspondance scolaire est une technique utilisée d’une manière collective.L’enseignant peut intégrer cette pratique à des moments précis de la vie scolaire, mais elle est très différente des autres disciplines enseignées. En d’autres termes, les élèves rédigent des textes pour autres élèves et non pas pour eux-mêmes.

Le journal scolaire

Cette pratique favorise la communication et la diffusion des textes de la classe. Elle donne la parole à l’enfant.En maternelle, le journal scolaire contient beaucoup de dessins et peu de texte.

Célestin Freinet affirme dans son livre« Le texte libre » que l’enfant doit parler premièrement de son milieu familial, et scolaire. Il peut raconter ses aventures à ses amis, à son enseignant et décrire son entourage librement. »

Le travail individuel

Une partie de la journée est toujours consacrée à un moment de travail individuel. Pendant ce temps, les enfants se répartissent librement dans des ateliers de leur choix organises de façon à leur permettre de se servir et de ranger seuls : libère, l’enseignant peut se consacrer à d’autres tâches, comme la « dictée a l’adulte ».Les activités proposées sont très variées — beaucoup plus variées que dans les classes Steiner ou Montessori. Ainsi, on trouve le coin des artistes (une panière de récupération avec cartons, ficelle,colle…), un coin-écoute (un magnétophone avec une boîte de cassettes et des casques), un coin-théâtre de pâte à modeler, une panière de papier blanc pour dessiner, des puzzles, des jeux de construction, des ardoises ou l’on peut écrire ce que l’on souhaite, des classeurs de graphisme, des jeux mathématiques et un atelier de musique (les deux enfants préposés prennent la caisse d’instruments et vont dans le bureau de la directrice qui jouxte la classe). Ailleurs, il y aura des activités découpages et collages, des jeux de société, des jeux d’eau, un atelier de transvasement (semoule, riz), des coins-jeux (cuisine, poupée, garage), des marionnettes, des bibliothèques…

Les ateliers des écoles maternelles Freinet se distinguent par la liberté de choix des enfants et leur autonomie.

L’expression libre

Les élèves peuvent écrire un texte libre à la maison ou à l’établissement scolaire. Ils peuvent le rédiger seuls ou en groupe. Ensuite, ce produit collectif des élèves sera imprimé en classe pour qu’ils puissent l’étudier toute la semaine.

Les enfants réalisent des créations libres : il n’est pas question, ici,de donner des consignes conduisant à des productions stéréotypées. Un« temps de présentation » permet à chaque enfant de présenter aux autres les projets qu’il a réalisés : un dessin, un bricolage, une construction en Lego, un poème… Souvent, cela va donner à d’autres l’idée ou l’envie de travailler dans telle ou telle direction.

Dans l’atelier peinture, les enfants dessinent librement. ils utilisent des techniques de peinture de leur choix.

Ils peuvent aussi choisir l’atelier inventions où ils trouvent du matériel de récupération (cartons, bouteilles en plastique,bouchons, tubes en carton, coquillages, escargots, tissus, assiettes en papier, pots et boîtes vides…), des outils (colle, marteau et clous, Scotch,peinture…) et des étagères pour le rangement des leurs constructions. Les élèves écrivent également des textes libres et peuvent, dans certaines classes, pratiquer l’expression libre en musique : dans une salle attenante,ils disposent d’instruments de musique et d’un magnétophone pour enregistrer leurs productions. Certes, le matériel ne fait pas tout, mais, lors que les élèves savent s’en servir, le fait de disposer de techniques variées favorise la production de réalisations riches et de qualité.

La méthode naturelle de lecture— écriture

Dans une classe Freinet, l’apprentissage de la lecture, et l’écriture se fait à partir de situations réelles, et non artificielles,qui permettent de leur donner du sens.

Freinet a constaté que ce qui intéresse d’abord l’enfant, c’est d’écrire. On apprend donc à écrire avant d’apprendre à lire. Comment cela est-il possible ?

Par la méthode naturelle, l’enfant lit et écrit de même, bien avant d’être en possession des mécanismes de base, parce qu’il accède à la lecture par d’autres voies complexes qui sont celles de la sensation, de l’intuition et de l’affectivité…

Les apprenants travaillent sur des textes faits à partir de leur parole. Ils sont donc dans un environnement connu et sécurisant. Ils vont ensuite mémoriser ces textes à travers des exercices divers et variés, puis faire un travail de recherche, de tâtonnement destiné à faire émerger les analogies de l’écrit — les « c’est comme ». On part de phrases, puis on descend au mot, puis à la syllabe et enfin au graphème/phonème, par une analyse fine de l’écrit. Ce travail de « détective » leur permettra, à terme, de lire de nouveaux mots.

Ce n’est pas une méthode globale, car la méthode globale ne descend pas à la combinatoire, or l’habileté de déchiffrage est indispensable à tout lecteur.

Ce n’est pas une méthode syllabique, car la méthode syllabique commence par les phonèmes/graphèmes alors que la MNLE commence par la phrase, la combinatoire arrivant plus tard ; de plus, la méthode syllabique ne permet pas de savoir à coup sûr ce qu’on prend ensemble : si m-a = ma, que se passe-t-il pour « mange », pour « maintenant », pour « maison », pour « mauve » ?

Les premiers écrits se font, dès la petite section, par des « dictées de textes » à l’adulte. Chaque jour, pendant que les enfants travaillent en autonomie (temps d’accueil du matin ou temps d’ateliers, par exemple),l’enseignant prend un moment pour écrire les textes libres que lui dictent deux ou trois élèves volontaires. L’enfant recopie ensuite son texte dans son cahier de vie, l’illustre, puis le ≪ lit≫ (l’enseignant le lui lit à voix basse phrase après phrase et l’enfant répète) à la classe pendant le temps de présentation. Chaque enfant peut dicter une vingtaine de textes par an.

La classe produit également des textes collectifs. Souvent, après l’entretien du matin, les élèves votent pour choisir l’événement qui les ale plus marqués et dictent un texte collectif à l’enseignant. Dans d’autres écoles, c’est lorsque plusieurs élèves ont lu leurs textes personnels que la classe vote pour choisir l’un d’eux. Le texte élu est imprimé par les enfants à l’imprimerie Lego (on imprime une page de texte, puis on la photocopie) ou tape à l’ordinateur (l’enfant dispose d’un modèle en majuscules, comme le clavier, et recopie). Il est ensuite diffusé dans le journal de la classe, colle dans les cahiers de vie et/ou envoyés aux correspondants.

Chaque enfant se constitue ainsi un capital de petits textes qui ont pour lui une valeur affective forte, qu’il a entendus et manipulés de très nombreuses fois. Il est capable de les réciter par cœur en suivant les mots du doigt.

En se référant à ce réservoir de mots connus, l’enfant peut commencer à écrire seul. Par exemple, s’il veut écrire « Lundi, j’ai mangé des fraises »,il copie « lundi » sur le tableau-calendrier, et ≪des fraises » dans un texte libre écrit trois semaines plus tôt. Cela donne une phrase a trou, « lundi——-des fraises≫, qu’il montre à l’enseignant pour qu’il la complète.

En copiant les mots qu’il connaît, l’élève est conduit à remarquer certaines analogies. Par exemple, l’enfant qui copie “dimanche”peut remarquer que la séquence“’man” est semblable à celle de “maman”qu’il sait écrire de mémoire. Peu à peu, il remarque des analogies de plus en plus nombreuses : mer, merci, mercredi ; cantine, farine…

L’enfant entre ainsi dans un processus de compréhension progressive du système orthographique. L’enseignant encourage les enfants à observer et à signaler tous les mots qui se ressemblent et systématise ces remarques par des affichages (liste de tous les mots en “’ man ’’, en ‘’Pa’…). Cela leur permet d’écrire de nouveaux mots.

La méthode naturelle de lecture écriture (Technique Freinet)

L’apprentissage des mathématiques

Les mathématiques sont également enseignées à partir du concret,du vécu des élèves, et par le “tâtonnement expérimental” : les enfants cherchent différentes solutions (travail individuel), puis les comparent (temps collectif).

Une journée dans une classe maternelle Freinet

Même s’il n’existe pas de journée ou de classe type, on retrouve dans chaque maternelle Freinet un certain nombre de constantes.

Les enfants arrivent généralement de façon échelonnée. Les parents peuvent rester un moment dans la classe. Ils aident l’enfant à accrocher ses vêtements et à mettre ses chaussons, lui lisent une histoire,dessinent ou jouent avec lui.

Après le départ des derniers parents, vers 8 h 45 ou 9 heures, la journée commence par l’entretien du matin (aussi appelé causette ou quoi de neuf ?). Les enfants s’assoient en cercle dans un coin de la classe. L’élève responsable de l’appel compte les présents ; le responsable du calendrier prend l’étiquette correspondant au jour et la pose sur le tableau aimante ;celui qui est chargé de la météo relève la température extérieure sur le thermomètre, la reporte et place un pictogramme indiquant le temps qu’il fait. Ensuite, les enfants qui le souhaitent prennent la parole : “Moi,j’ai fait du cheval, on a mis la selle et on a mis un casque » ‘J’ai fait un cauchemar, je suis allée dans le lit de ma maman’. Ils peuvent aussi présenter un dessin, un objet, une construction. L’entretien est un temps d’accueil, de transition, un sas de décompression entre la maison et l’école.

Il permet d’apprendre à s’exprimer devant les autres. Il peut aussi être le déclencheur d’une activité, d’un projet collectif.

La journée est ensuite occupée par une alternance de temps individuels et collectifs.

Les temps d’atelier permettent aux enfants de se répartir librement pour mener des projets individuels ou collectifs où l’expression créative occupe une grande place.

Dans les classes de moyenne ou de grande section, un temps est consacré chaque jour ou chaque semaine à deux activités : lecture écriture —graphisme et recherches mathématiques. Certains jours, on y

pratique des activités collectives : lecture ou écriture d’une lettre aux correspondants, recherche mathématique collective. D’autres jours, les enfants travaillent individuellement ou en petits groupes. À titre d’exemple, les enfants qui ont dicté des textes libres dans la matinée,les recopient dans leur cahier de vie et les illustrent : certains élèves tapent à l’ordinateur le texte qui a été choisi par la classe pour paraître dans le journal, l’enseignante propose un jeu autour de la dernière lettre envoyée par les correspondants : elle cache certains mots, qu’ils doivent retrouver.

Les temps de regroupement sont assez semblables à ceux d’une maternelle classique, Montessori ou Steiner : l’enseignant(e) lit une histoire,les enfants chantent, apprennent des comptines, et ainsi de suite. Seules pécificité des classes Freinet : un temps de présentation est toujours prévu pour que chacun puisse montrer aux autres ses réalisations et qu’une discussion soit possible.

La classe se rend régulièrement, comme dans les maternelles standards,en salle de motricité, en salle de jeux ou dans des installations sportives.

Les enfants de petite section font la sieste, mais les enseignant sévitent de la présenter comme une obligation : ‘Les enfants savent que,s’ils n’ont pas sommeil, ils peuvent […] pratiquer des activités calmes et individualisées dans la classe pendant que les autres dorment. Ils peuvent se réveiller progressivement et sont alors accueillis pour des activités calmes. Certains enseignants ont également institué des goûters coopératifs. Pour évitera un enfant de consommer toujours le même biscuit sec insipide, tandis que son voisin aura des goûters appétissants et varies, ils proposent aux parents de s’organiser pour apporter,chacun à tour de rôle, un goûter pour toute la classe.

La fin de la journée ou de la semaine est souvent consacrée au cahier de vie. Il s’agit d’un cahier personnel à chaque enfant, qu’il remplit pour garder une trace de ce qu’il a vécu. On y colle des photos des moments importants de la vie de classe comme les sorties ou les anniversaires, des traces des entretiens (textes, dessins…), les textes de comptines ou des chansons apprises. Chaque enfant y écrit ses textes libres, les illustre, et peut aussi y coller des trouvailles (tickets de bus, timbre-poste, étiquettes de yaourt…). Le cahier de vie est un lien entre la famille et l’école : tous les soirs, ou tous les vendredis soir, l’enfant l’emporte à la maison, et les familles peuvent également y écrire. C’est aussi un cahier ou l’enfant apprend à repérer des mots qui constitueront son premier capital pour entrer dans l’écrit.

Les classes sortent beaucoup, notamment pour des enquêtes ou des visites : à la piscine, au marché, à la bibliothèque, à la boulangerie pour voir le travail du boulanger, à la gare pour observer les trains ou à la caserne des pompiers pour les interroger sur leur métier. Elles reçoivent aussi : invités,correspondants, parents ayant une compétence à faire partager…

Sources

  • Pierron Maryvonne, ≪ Recherche collective en maths ≫, Le Nouvel Éducateur, n° 117, mars 2000, p. 8-9.
  • La Méthode naturelle de Lecture-écriture »nouvelleéducatrice.
  • Montessori, Freinet, Steiner… une école différente pour mon enfant ? Marie-Laure Viaud

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